mercredi 30 octobre 2013
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Entre beauferie et moraline

La manière dont est mené le débat qui a lieu pour le moment en France sur la prostitution est juste complètement désespérante. D'un côté, 19 (et non 343) réacs de service qui, en signant [un Manifeste->http://www.causeur.fr/touche-pas-a-ma-pute,24765] (?) sobrement intitulé «Touche pas à ma pute, Le manifeste des 343 salauds» (on reste suspendu, en stase, plusieurs minutes, face à la beauferie phallocrate portée à un tel degré de maestria), réussissent à insulter -- et de la manière la plus abjecte -- à la fois les 343 signataires du manifeste contre l'avortement de 1971 (pour une demi-douzaine de raisons largement développées ailleurs) et les militants antiracistes des années '80. De l'autre, le camp abolitionniste, qui gagne en influence, amalgame sans vergogne prostitution et traite des êtres humaines et nous réserve un avenir dégoulinant de moraline, où la collectivité sera légitime à s'ingérer dans les relations qu'entretiennent des adultes consentants. On se réjouit de voir la police débarquer dans nos chambres à coucher pour s'assurer qu'il n'y a bien aucune contre-partie matérielle aux parties de jambes-en-l'air auxquelles nous serons occupés: elle risque d'avoir du travail. Ce qui est sûr, c'est que d'un côté comme de l'autre de cette alternative, la condition, les personnes, les opinions,... des travailleurs et travailleuses du sexe sont et seront le cadet des soucis.
Illustration tirée du film «Post coïtum animal triste», de Brigitte Roüan (1997).